Tuesday, 04 July 2017 17:33

La lutte inachevée du courageux indépendantiste Omar Chardi Bouni.

Julius Nyereré disait régulièrement que « nous nous sommes battus pour avoir notre drapeau

et notre hymne national mais nous étions conscients que ce ne serait pas suffisant, qu’il nous

faudrait aller plus loin si nous voulions construire une véritable nation indépendante ».

IMG 20170605 WA0005Contrairement à Hassan Gouled Aptidon, Omar Chardi Bouni pensait qu’il fallait aller à une

indépendance vraie et ne pas se contenter d’une indépendance de façade.

“La magie de Giscard consista à transvaser tout un régime de la période coloniale à celle de la

liberté et de l’indépendance. Souveraineté signifia continuité et non pas rupture avec le

passé…” comme disait Dr Omar Osman Rabeh (Le cercle et la spirale p.163).

Omar Chardi Bouni voulait que les djiboutiens soient les véritables maîtres de leur destin, c’est-

à-dire, ne pas dépendre de la puissance coloniale. Malheureusement il semble que Monsieur

Omar Chardi Bouni n’ait pas grandes chances de faire accepter son projet au FLCS/LPAI.

Sa quête pour la dignité, la liberté l’a amené à braver la peur et les humiliations pour arracher

l'indépendance aux adeptes du colonialisme à Djibouti.

Quoique que d’autres ont trahi leur noble cause, leurs camarades, Omar Chardi Bouni n’a

jamais trahi ses propres convictions, ses proches ou ses amis de lutte. Il y affirmait avec force :

« Ma tâche est de combattre l’impérialisme français, mon idéal est l’émancipation de la “Côte

française des Somalis” et son indépendance ».

En l’espace de quelques années, comble de l’ironie, le courageux indépendantiste Omar Chardi

Bouni le nationaliste qu’il était, l’homme méprisé par l’autocrate Hassan Gouled Aptidon, a été

déchu de la nationalité et expulsé manu militari dans un no man’s land à quelques dizaines de

mètres de la frontière avec la Somalie, (l’endroit où l’autobus de la prise d’otages était bloqué le

3 Février 1976),- pour avoir dit non à la dictature tribale -, entendez bien, par le fossoyeur de la

république et le père de l’institutionnalisation du tribalisme HGA, pour la première fois, de son

destin. D’ailleurs, le philosophe Rabeh dénonce cette abjecte aberration en des termes durs

dans son ouvrage (Le cercle et la spirale p.169) et je le cite : “ Il s’est permis, chose inédite,

jusqu’au retrait, entendez bien, de la nationalité! Un gouvervement peut, à tort ou à raison,

décider de fusiller un citoyen. Mais on ne peut lui reprendre la nationalité et l’expulser du

territoire national! (Quelle innovation en droit!). Ce fut le cas d’Omar Chardi Bouni, ancien

secrétaire aux relations extérieures du FLCS (mieux connu de Gouled que de tout autre…) et

dont la fillette, victime d’un accident de circulation fut rejetée hors de l’hôpital parce que c’était

sa fille et bien qu’elle soit, par son âge, étrangère à tout cela…” Omar Chardi Bouni n’avait

jamais espéré cela même dans ses rêves les plus hardis. Il a vite su que, la lutte pour une

indépendance vraie était inachevée, et qu'il avait pris les armes pour la combattre comme il

avait fait contre les colons.

Il fut un combattant démocrate qui voulait plus de justice sociale, plus de dignité dans les

rapports entre les citoyens dans la future république.

Malheureusement, HGA pensait qu’il était un gêneur. Et, le supprimer de la scène politique,

devient un impératif. Omar Chardi fut déclaré un ennemi pestiféré qu’il fallait l’éliminer, non pas

par le jeu de la démocratie, mais en usant de la violence dans la mesure où le bouc émissaire

est une victime expiatoire. Dans ce cas précis, le machiavélisme justifie l’utilisation de la

cruauté dans la violence par HGA.

Bref, un homme qui a refusé toutes les propositions alléchantes d'un régime animalier pour sacrifier

sa liberté, sa dignité et son idéal suprême. Celle d'une Nation libre, juste et égalitaire.

Contrairement à un certain…. l’actuel président de la République De Djibouti - au présent aussi

sombre que le passé - fut une incontestable personnalité ayant joué, au service de la

colonisation française et la défense des intérêts colons, un rôle primordial dans la dénonciation

des indépendantistes (informateur privilégié de l’inspecteur Bérand). Mais prétendre qu'#IOG a

été licencié en 1976 - par l’infâme criminel Ali Aref Bourhan - pour ses idées indépendantistes

et, plus encore, joué un rôle de "résistant" pour sauver le pays, ne repose sur aucun

témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle. Cela relève de l’imaginaire. Indépendantiste,

IOG? Point sûr, comme indiqué plus haut. Je dirai plutôt qu’il fut un collabo, un indic notoire des

services spéciaux français.

Aujourd’hui encore, les noms des héros nationaux oubliés, trahis et proscrits n’apparaissent sur

aucun monument, ils ne figurent sur aucun programme scolaire djiboutien, pire l’histoire

officielle est une mémoire imposée, au sens où c’est elle qui est enseignée, apprise, et célébrée

publiquement, le nombre des vrais indépendantistes demeure l’objet de contestations, les

archives concernant l’événement peu accessibles, les témoins rares. A-t-on le droit d’effacer la

mémoire d’un peuple?

De toute évidence, c'est une chose de reconnaître une défaillance historique collective, c'en est

une autre d'en tirer les bonnes leçons. Et pourtant, pas une seule personne de l’empire colonial

n’a jamais dû rendre de compte pour ce qui est arrivé à ces personnes. On ne dira jamais assez

combien ces crimes, évocateurs de bien d’autres, ont contibué au consensus relatif dont il a

bénéficié.

Je salue avec force, la mémoire de ce héros proscrit Omar Chardi Bouni, son engagement

personnel, et tout le travail qu'il a produit dans le seul but d'apporter sa contribution face à la

machine répressive coloniale. Son nom mérite bien une rue pour immortaliser son combat,

combat qui est aussi le nôtre. L'espoir d'une nation libre, plus équitable et durable.

Avec pour celles et ceux qui veulent en finir avec cette dictature.

À l'aube de la célébration du 40e anniversaire, il est tout à fait scandaleux que l'Etat djiboutien

refuse d’honorer officiellement leur sacrifice, leur mémoire voire d’exprimer sa gratitude auprès

des hommes et des femmes, des héros proscrits - par les ex-collaborateurs, usurpateurs du

pouvoir local encore à la tête du pays - qui n’en demandent pas plus.

Mohamed Qayaad

We use cookies to improve our website and your experience when using it. Cookies used for the essential operation of this site have already been set. Cookie policy. I accept cookies from this site.Agree